Un cœur hydraulique, mille muscles gonflés à l’eau et des os d’acier : Clone Robotics assemble ses créatures comme Frankenstein 2.0. Et si le premier vrai androïde naissait à Varsovie ?
En 2021, deux ingénieurs polonais un peu fous se sont posé une question simple : pourquoi continuer à bricoler des robots rigides à moteurs, quand le meilleur modèle est sous nos yeux — le corps humain ? De cette obsession est née Clone Robotics, une startup qui veut fabriquer des androïdes anatomiquement fidèles. Pas des boîtes de conserve motorisées, mais des corps musculo-squelettiques capables de bouger, transpirer, et même “boire” de l’eau pour fonctionner.
Un pari biomimétique
Son fondateur, Dhanush Radhakrishnan, l’explique sans détour : la robotique humanoïde stagne. Les Optimus (Tesla), Digit (Agility) et autres Figure 02 font certes la une, mais tous restent basés sur la même mécanique : moteurs, engrenages, batteries. Clone, elle, s’inspire directement de l’anatomie humaine.
Leur philosophie : copier la nature plutôt que la réinventer. 206 os artificiels, des ligaments synthétiques, un système “vasculaire” hydraulique et surtout des muscles artificiels — les Myofibers.
D’abord la main, puis le corps entier
Plutôt que de s’attaquer directement à l’androïde complet, l’équipe a commencé par ce qui reste le plus complexe : la main humaine. Dix-huit mois plus tard, un bras robotique fonctionnel voyait le jour. Avec ses ligaments artificiels et ses muscles-tendons monolithiques, il pouvait saisir, tirer, tourner.
Fort de ce succès, Clone a franchi l’étape suivante : assembler un corps entier. Résultat : en à peine un an, un premier prototype grandeur nature.
Des muscles gonflés à l’eau
Le cœur de l’innovation, ce sont les Myofibers, inspirés du design McKibben. Concrètement : un tube interne de caoutchouc, une gaine textile inextensible, et un fluide sous pression. Quand l’eau afflue, le muscle se contracte, tirant sur un os artificiel — exactement comme nos propres fibres musculaires.
Au centre du système, une pompe de 500 watts joue le rôle de “cœur hydraulique”. L’eau circule en circuit fermé et peut être “rechargée”, comme si l’androïde buvait. Mieux encore : pour éviter la surchauffe, le robot transpire grâce à un système de refroidissement par évaporation.
Performances annoncées : une contraction de 30 % en moins de 50 millisecondes pour un muscle de seulement 3 g, capable de soulever 1 kg. De quoi faire pâlir nos biceps.
Le Protoclone V1 : un humanoïde qui sue
En février 2025, Clone dévoile le Protoclone V1. Au programme :
- Plus de 200 degrés de liberté (contre 244 pour le corps humain)
- 1 000 muscles artificiels
- 500 capteurs intégrés dans le squelette
- Squelette, tendons, muscles et réseau “vasculaire” construits comme un organisme
Les vidéos montrent un robot encore brut, visage masqué, mais capable de gestes surprenamment naturels.
Clone Alpha et bientôt… Neoclone
En décembre, Clone Robotics passe à l’étape supérieure : Clone Alpha, son premier humanoïde grandeur nature produit en série limitée. Seulement 279 unités prévues pour 2025, positionnées comme des “supercars technologiques” réservées aux labos et collectionneurs fortunés.
Derrière, déjà en chantier : le Neoclone, une nouvelle génération encore plus biomimétique.
Les défis à surmonter
Évidemment, tout n’est pas encore parfait :
- Le système hydraulique est puissant mais bruyant.
- La pompe de 500 W soulève des questions d’efficacité énergétique.
- La durabilité des muscles artificiels doit encore être prouvée en usage intensif.
- L’absence de cadre réglementaire autour des androïdes complique toute perspective de mise sur le marché grand public.
Mais Radhakrishnan reste confiant : “Nous construisons une copie fonctionnelle du corps humain. Le reste suivra.”
Clone vs. le reste du monde
Face aux Optimus de Tesla ou aux G1 de Unitree, Clone joue une carte radicalement différente. Là où les autres misent sur IA et moteurs électriques, les Polonais misent sur biomimétisme musculaire.
Est-ce une voie d’avenir ou une impasse coûteuse ? Personne ne le sait encore. Mais dans l’histoire de la robotique, les paris les plus fous sont souvent ceux qui finissent par redessiner le futur.
Conclusion : l’humanoïde le plus humain ?
Clone Robotics n’a peut-être pas encore son “moment ChatGPT”. Mais en inventant des androïdes qui transpirent, boivent et bougent comme nous, la startup polonaise a posé un jalon unique.
Reste la question qui grince : le premier robot vraiment humain sera-t-il un “clone” ?