Ant Group, l’empire de Jack Ma, s’aventure hors de la finance pour poser une casserole sur le feu. À l’IFA 2025 de Berlin, son tout premier robot humanoïde, le Robbyant R1, a fait sensation en cuisinant des crevettes à l’ail devant un public amusé.
Quelques jours plus tard, il s’est affiché à Shanghai, dans un double rôle : majordome de cuisine et guide touristique. Derrière la démonstration culinaire se cache une ambition claire : prouver que l’IA d’Ant peut s’incarner dans des machines bien réelles.
Un robot majordome en chiffres
Humanoid robot chefs are here.
— RoboHub🤖 (@XRoboHub) September 11, 2025
Ant Group's subsidiary, Lingbo Technology, has unveiled its new Robbyant R1 robot. Debuting at the Shanghai Bund Conference, this robot chef demonstrated its capabilities by cooking four dishes for the audience.
► The R1 is equipped with… pic.twitter.com/EwAzmG2tAt
Le R1 affiche des mensurations solides : 1,6 à 1,75 m de haut, 110 kg sur la balance, 34 degrés de liberté et une vitesse maximale de 1,5 mètre par seconde.
Pas de sprint donc, mais assez pour arpenter une cuisine ou une salle d’exposition. Ant Group promet plusieurs usages : préparer des plats simples, assurer des visites de musée, se prêter à des tâches téléopérées, et même fournir de basiques consultations médicales.
Déjà livré au Shanghai History Museum, il n’est pas vendu seul : il fait partie de solutions clés en main destinées aux institutions.
De la vitrine à la vraie vie
Si le R1 fait le show sur les salons, il n’est pas pensé pour nos salons. Ant l’intègre dans des “scenario solutions” : restaurants, centres communautaires, musées. L’objectif est clair : tester ses capacités en conditions réelles sans le jeter directement dans la jungle du grand public.
La promesse : un majordome qui sait cuisiner un plat, renseigner un visiteur ou assister un soignant. Mais les premières vidéos laissent entrevoir des mouvements encore très lents. Reste à voir si l’effet waouh survivra au quotidien.
Robbyant, la nouvelle arme de Jack Ma
Derrière le R1, c’est toute une stratégie qui se dessine. Ant Lingbo Technology, fondée fin 2024 à Shanghai, est la filiale robotique d’Ant Group.
Avec un capital de départ d’environ 13 millions de dollars, deux bases (Shanghai et Hangzhou), et un recrutement musclé (des ingénieurs payés jusqu’à RMB 1 million par an), la filiale veut faire des humanoïdes une extension physique des services d’Ant : finance, santé, vie quotidienne.
Côté logiciel, la firme développe aussi son propre modèle de langage, Bailing LLM, entraîné sur des GPU chinois pour s’affranchir des restrictions américaines.
La Chine parie gros sur l’humanoïde
Le timing n’a rien d’un hasard. Pékin a fait des robots humanoïdes une priorité nationale. Le marché chinois pourrait passer de 378 millions de dollars en 2024 à 13,7 milliards en 2030, selon la CAICT.
Le gouvernement a déjà mis sur la table plus de 137 milliards de dollars de fonds publics pour l’IA et la robotique. Résultat : plus de 3 000 entreprises travaillent déjà sur la chaîne de valeur humanoïde, des capteurs aux modèles d’IA. Autant dire que Robbyant ne sera pas seul dans la cuisine.
Le ring des humanoïdes : R1 face aux géants
Sur ce marché bouillant, les stars ne manquent pas.
- Tesla Optimus vise un prix sous les 20 000 $ avec une intégration totale à l’écosystème Musk.
- Unitree H1, champion chinois, détient le record de vitesse à 5,5 m/s.
- UBTech Walker S joue la carte du robot premium de démonstration.
- AgiBot AGI-1 a déjà produit près de 1 000 unités fin 2024.
Le R1 se distingue par son gabarit massif et son positionnement B2B, pensé pour des environnements institutionnels plus que pour la maison. Là où Tesla rêve d’un robot pour tous, Jack Ma mise sur un robot pour services publics et entreprises.
Le vrai défi : l’intelligence incarnée
Comme le résume le fondateur d’Unitree : “Le hardware est prêt, le problème, c’est l’IA incarnée.” C’est là que tout se joue. Un humanoïde peut tenir debout, bouger les bras et attraper des objets.
Mais transformer ces gestes en compétences utiles, adaptables et fiables, reste la montagne à gravir. Pour l’instant, le R1 a prouvé qu’il pouvait cuire des crevettes à l’ail. Mais saura-t-il gérer une cuisine bondée, un client impatient ou une consigne médicale mal formulée ?
De la poêle au futur
Avec Robbyant, Jack Ma veut montrer que son groupe ne se limite pas à la finance et aux applis de paiement. L’ambition est de donner un corps aux algorithmes. Mais entre la démonstration contrôlée et l’usage réel, il reste un gouffre.
Le R1 est-il le premier vrai majordome robotique, ou juste une vitrine brillante pour séduire gouvernements et investisseurs ? Réponse à la prochaine génération. En attendant, Jack Ma peut toujours se vanter d’avoir inventé le premier robot… qui vous sert des crevettes à l’ail.